Catégorie:Sultanat de Safran
La réalité du Sultanat est déjà complexe en soit : la culture locale est en bonne partie un mélange de morale hornoise et d'économie fehnri, le tout trempé dans la douceur trompeuse des tropiques.
Pour commencer, le Sultanat est très populeux, le moindre village de pêcheurs compte autant d'habitants que Darverane et on y parle principalement le Ganthi, un créole devenu la langue vernaculaire de toutes les Îles Mordorées, consistant en beaucoup de vocabulaire Hornois réordonné une grammaire fehnrique, bien plus souple. Pourtant, l'aristocratie, les Clercs, les savants et les dramaturges "conservateurs" préfèrent parler Solaire, soit la variante méridionale du Vieux Hornois, qui est de fait la langue officielle et légale du Sultanat.
En plus de l'omniprésence du Culte d'Ërem –version locale de la Liturgie du Sanctuaire, la haute société kaliganthaise intègrent beaucoup de valeurs heremides : si les restrictions artistiques ou alimentaires du Sanctuaire sont largement absentes, on y retrouve le sens du devoir et l'obsession de l'honneur viril, l'importance des traditions, une structure sociale récemment malmenée mais longtemps divisée en castes héréditaires rigides, un goût prononcé pour l'architecture colossale et les chroniques à rallonge.
Mais au lieu de l'économie d'état normalement mise en place par les Heremides, sa position très ancienne de carrefour marchand a amené le Sultanat à adopter un marché libéral typiquement fehnri, c'est à dire corporatiste, moyennement corrompu, expansif et appuyé sur des contrats à l'importance quasi-mystique. Et comme à Singhal ou à Fehn, la cuisine est à la fois riche, variée et très épicée, on publie énormément de gazettes et d'affiches, on présente beaucoup de danse et de théâtre, l'esclavage est très répandu (géré par une corporation) et tout le monde appartient à quelqu'un. Sauf peut-être les Sultans, depuis que le Bastion les a laissé à leur sort...
Sommaire
Les Archipels
Le segment de la chaîne volcanique des Delerims qui traverse le Sultanat est encore très actif, et notamment fume plusieurs fois par an, d'où l'appellation locale de "Cheminées d'Airain" –quoique l'Airain soit probablement un ajout Solaire, car une référence un peu ténue à la couleur rougeâtre de certains des volcans. La très stratégique Route des Épices suit plus ou moins cette chaîne volcanique.
Entre Ondaverde au Nord-Ouest et la pointe du Trident, au Sud-Est face à Hông, ces montagnes largement couverte de forêt tropicale forment quatre archipels, jadis habités par autant de tribus (du Nord-Ouest au Sud-Est) :
Dajaghùn
L'archipel le plus nordique est aussi le moins clément, si l'on cultive au Sud une grande part du coton qui habille la majorité du Sultanat, l'extrême Nord est une mangrove putride à peine habitée par quelques prospecteurs Kaliganthais (il y eut, paraît-il, de l'or dans cette région), les Lusiarine d'Ondaverde et les chasseurs-pêcheurs "primitifs" (?) que les Kaligantahis nomment Murinàn.
Dao-Majhàn
Au centre des Cheminées d'Airain, donnant à la fois sur la vaste Baie des Danseurs et au Sud sur le Golfe des Écailles au Sud, la région historique de Dao-Majhàn comprend l'île sacrée de Jùnan-Dao (où s'accomplissent les rituels des Serpentaires), la grande île industrieuse de Dao-Langàm et donc l'essentiel de la production rizicole du Sultanat en plus de l’inénarrable capitale Marandhra (son bastion à moitié abandonné, son port de commerce international...), et encore l'île de Majhù-Pan où se concentre la métallurgie du Sultanat (grâce à ses dernières veines de fer et d'étain).
Lag-Nashàn
Au Sud de Kao-Langàm et séparé de Kao-Majhàn par le Golfe des Écailles, l'Archipel Fleuri est la principale source d'épices du Sultanat, y compris du safran qui fait aujourd'hui partie de son identité –quoique la culture en ait été importée de Singhal par les Solaires.
Les ports de Laga-Lahang (célèbre pour ses teintures) et Lagilathàn (accueillant une escale kerdane pour les navires hauturiers) ont récemment été incendiés par les Rhûdari.
Gala-Kalàn
Prolongeant Lag-Nashàn vers le Sud-Est, le collier d'îles des Gala-Kalàn est une sorte de paradis rustique où l'on pêche des perles, cueille des fruits et produit une liqueur réputé jusqu'à Fehn. Longtemps en guerre avec Hông, là où les Cheminées d'Airain rencontrent le Royaume de Singhal, l'archipel a été rendu à son innocence par un traité récemment signé entre Singhal, Hông et le Sultanat...
Fragments d'Histoire
L'histoire du "Sultanat de Safran" est assez méconnue. D'abord parce qu'il était fermé aux navigateurs Remans ou Kerdans pendant les siècles du protectorat Solaire[1] ensuite et depuis la Chute du Sanctuaire, parce que la société kalingataise est assaillie par nettement plus de diplomates, de pirates et de marchands que d'érudits.
Peut-être les joueurs seront-ils les premiers étrangers à massacrer le sujet ?
Antiquité
La Bibliothèque Impériale ne possède pas de chronologie précise du Sultanat, mais il semble que ces îles aient d'abord été sous la houlette d'un légendaire "Roi-Sorcier" avant que, au IV ou III° siècle avant l'Ère Impériale, le Royaume Solaire annexe ces archipels bientôt cousus en une nouvelle nation, et fasse ainsi une entrée fracassante dans les Mers Serpentines.
À la surprise des chroniqueurs et des visiteurs, ce n'est pas par les armes que les Solaires étendirent leur influence sur la région, mais par la culture : si la conquête de la grande cité de Marandrha a probablement eu des relents militaires, ce sont ensuite des Clercs qui se sont employés pendant des siècles à répandre non seulement la langue hornoise mais la religion et la législation, la science et le commerce, la technologie et les arts heremides.
► Détails disponibles avec Histoire 3 ou Hornois 4.
Il y quatre siècles, le futur Sultanat n'était encore qu'un tout petit royaume aux prises avec les « légions aquatiques » (?) d'un terrible Roi-Sorcier qui terrorisait alors toutes les Mers Serpentines (et nourrit encore les légendes locales), mais le Royaume Solaire atteignait son apogée. L'autorité du Sanctuaire s'étendant déjà au Nord jusqu'au Pays des Vents et au-delà de Felriane à l'Est, le Trône d'Airain avait envoyé sa puissante flotte conquérir le Sud :
quelques années de guerre ayant repoussé le Roi-Sorcier loin vers le Sud-Ouest, les Solaires avaient rassemblé (sans guère les consulter) plusieurs nations insulaires en une seule de leurs provinces, effectivement commandée depuis le Bastion de Hradmoaran.
Conçu dès le départ comme un siège régional, le Bastion Mordoré fût bâti en seulement quelques décennies et peu à peu doté de sa dynastie locale, ses castes nobles et savantes, un grand temple, une importante flotte de guerre et un sérieux contingent, formant alors une ville fortifiée de belle taille à quelques kilomètres de la cité kaligantaise de Marandhra.
Ce furent pourtant les missionnaires qui étendirent le plus loin l'influence du Sanctuaire : si leur évangélisme engendra une variante de la Liturgie que certains trouveraient quelques peu hérétiques, les temples de "Ërem"[2] se multiplièrent à Hông, dans les ports de Singhal et dans les Myriades, jusqu'à se frotter aux marches du Matriarcat de Fehn.
Durant les siècles suivants, le Roi-Sorcier fût finalement vaincu avec l'aide du Royaume de Singhal, un autre tyran pris sa place plus au Sud (pour être éliminé par les Fehnri) et, comme les priorités stratégiques du Trône d'Airain changeaient, les ressources de Hradmoaran se virent peu à peu redirigées vers le Continent, où les barbares "s'agitaient".
De fait, au Ier siècle avant l'È.I., le Bastion Mordoré était encore prospère mais expédiait l'essentiel de sa production vers le Sanctuaire et, à une époque finalement très paisible dans les Îles Mordorées, Hradmoaran était déjà considéré comme une sorte d'ambassade secondaire, sans grande puissance militaire et perdant lentement sa prise sur les gouvernants de Kaliganthàm.
En -56 ou -55, pour la première fois de son histoire, le port hornois accueillit un navire autochtone, en préparation d'une expédition mal connue mais probablement pour des raisons économiques : à partir de cette date, le Bastion ouvrit peu à peu aux Moindres-Sangs une partie de ses infrastructures en déshérence pour faire du commerce (!) et de la diplomatie, s'intéresser aux sciences (notamment la biologie et l'astronomie, quitte à être très près de l'équateur) et développer une culture nettement plus hédoniste que celle du Sanctuaire : une véritable cuisine, une musique et une poésie propres, des jeux et des spectacles...
► L'époque du Roi-Sorcier, sur autorisation du MJ.
L'Indépendance
Lorsque le Royaume Solaire s'est fragmenté, les Heremides ont retiré du Sultanat beaucoup de leurs forces armées, de leur noblesse et donc de leur science comme de leur administration, laissant le Sultanat se débrouiller avec de moins en moins de supervision.
Seuls les Clercs continuèrent de transmettre la Liturgie (y compris une répression obsessive de la sorcellerie) et de maintenir une sorte , ce faisant, se positionnèrent comme une caste intermédiaire entre le Bastion, les Kaligantais et les pays-clients. À cette période, le Dogme du Sanctuaire semble d'ailleurs avoir muté dans la région, au point que l'actuel culte d'Ërem montre des divergences significatives avec la Liturgie originelle (?).
Lorsqu'une révolution de palais changea la dynastie régnante sans que le Bastion n'intervînt, les nouveaux Sultans s'essayèrent à effectivement régner mais découvrirent bientôt la nécessité d'une administration. Avec les années et le désintérêt manifeste des rares nobles Hornois encore présents, un nombre grandissant des Clercs de Herem se réunirent donc pour former ce que les Kaligantais appellent aujourd'hui le Dokhupan : un clergé administratif tentaculaire, jadis considéré comme plus puissant que les Sultans eux-mêmes, maintenant le commerce avec le Sanctuaire et donc une certaine prospérité pour les "Mordorés".
Pourtant, le Dokhupan a beaucoup perdu de son prestige depuis quelques décennies, d'abord parce que la Chute du Sanctuaire a sévèrement ébranlé la foi des populations locales comme le clergé lui-même, ensuite parce que le commerce avec le Continent s'est donc arrêté il y a quarante ans. Temporairement instable, la situation économique du Sultanat ne s'améliora à nouveau que lorsque les Lusiarine vinrent relancer la ligne maritime vers le Continent, remodeler un peu sa législation commerciale et apaiser (croyait-on) les relations avec Fehn.
Plus récemment, la guerre au Royaume de Singhal a vu la plupart des Clercs singhalais abandonner le terrain pour se réfugier vers Marandrha, mais c'est bien sûr l'incapacité des Clercs à organiser la défense du Sultanat contre le harcèlement de la marine de Rhûda qui leur coûte leurs dernières bribes de crédibilité...
Tropiques du Chaos
Aujourd'hui, le pouvoir kaligantais est donc bien involontairement partagé entre beaucoup de factions :
- l'actuel Sultan Laodajar, encore entouré de sa famille et ses bannerets (quoique leurs fiefs semblent assez "exotiques"), donc en théorie de l'armée terrestre quoique la majorité des troupes appartiennent en fait à l'un ou l'autre Satrape qui se partage le pouvoir économique dans la capitale,
- un Clergé qui n'a plus le soutien de la noblesse, mais peut-être celui du Bastion (quoiqu'il reste généralement silencieux), des fanatiques religieux et des Remans (venus du marquisat de Horne, de Varangue ou de Narcejane), qui sont quelques centaines de marchands et nobliaux à avoir ouvert un comptoir à Marandrah,
- une Arche des Lusiarine qui occupe une presqu'île fortifiée dotée de son propre port, son phare et la principale flotte de combat du Sultanat (composée de Maletudine et de Sangrine), en plus d'assurer les 4/5° du commerce extérieur de l'archipel,
- la Lignée de Pravindra, jadis rivale des Lalnyhari, forme à la capitale une vaste communauté Fehnri, très implantée dans l'artisanat et le petit commerce, dont les Matrones fournissent des quantités d'équipement nécessaires à la défense du Sultanat,
- le célèbre "Prince-Pêcheur" Banukh et la "caste" particulière des Serpentaires, aujourd'hui la principale force maritime autochtone.
Les débats pour déployer la flotte ou l'armée du Sultanat sont d'ailleurs d'autant plus houleux qu'un tiers de leurs forces sont des volontaires qui changent parfois de commandement selon la popularité de l'un ou l'autre plan de défense, la majorité appartiennent à l'un ou l'autre Satrape et suivent ses propres allégeances changeantes, et que Marandrah a de longtemps adopté la mode fehnri des gazettes & des affiches. Une part conséquente de la population y sait lire, écrire (au moins dans le Hornois-créole employé dans le Sultanat) et a des opinions, qui circulent et s'enflamment selon la qualité des textes ou des caricatures, impactant la popularité des différentes factions et les ressources allouées à l'une ou l'autre politique maritime...
Dévaluation monétaire
La situation empirant au Sultanat, les investisseurs Singhalais ont commencé à en retirer leurs fonds au point que la monnaie locale, la Ɍoupie kaliganthaise, commence à en souffrir...
Pour contexte, l'habituelle Ɍoupie ganthi (symbole Ɍ) est une pièce de bronze introduite jadis par le Bastion Mordoré qui reste aujourd'hui la principale devise des Mers Serpentines (au Sultanat de comme au Royaume de Singhal, à Hông et dans les 36 Serpents) valant environs la moitié d'un denier impérial (ce qui fait 20 Ɍoupies pour 1 £une d'argent). Mais l'arrêt déjà ancien des fonderies hornoises et le manque de métal grandissant au Sultanat avait de longue date vue une part importante de sa monnaie remplacée par des plaquettes de bois sculptées simplement ornées d'un peu de bronze et aux dénominations bien plus maniables d'une demi-Ɍoupie (le prix d'un verre de bière de riz), 1Ɍ, 4Ɍ, 8Ɍ, 40Ɍ, 80Ɍ et 160Ɍ, produite au Cléricat (sur instruction du Palais) et largement employée jusqu'à Singhal et même Khorodavar.
Mais cette monnaie fiduciaire est donc en train de perdre la confiance des Singhalais, qui n'acceptait déjà plus les Ɍoupies de bois du Sultanat qu'à 50% de leur valeur nominale avant même que les Rhûdari ne réduisent en cendres l'importante industrie kalignthaise de la teinture...
Culture ganthi
Ce que les anthropologues kerdans nomment l'aire culturelle ganthi s'étend presque à l'ensemble des Mers Serpentines, centrée d'abord sur la langue vernaculaire éponyme parlée de Kaliganthàm jusqu'aux 36 Serpents en passant par Hông[3], Singhal et les Myriades : techniquement une sorte de créole mêlant beaucoup de notions et de vocabulaire hornois à une base grammaticale essentiellement fehnrique, riche d'une multitude d'accentuation et de multiples voyelles chantantes, le Ganthi (avec majuscule) se prête particulièrement aux rimes et a engendré donc engendré une grande variété de chants, de styles poétiques et même d'opéras –probablement le parangon de l'art vivant à Marandhra (au moins sous la forme de théâtre chanté et dansé accompagné par un orchestre).
Société
Socialement et politiquement, la société ganthi est constituée de strates sociales et de propriétés très marquées où, en parallèle d'un esclavage formel, tout et tout le monde appartient à quelqu'un : au bas mot à une famille voire à une maisonnée étendue, bien souvent à une corporation ("Nayghàm"), à un milieu, un village ou un quartier, presque toujours à un noble et à une divinité. Un fief n'est pas nécessairement géographique, et des Satrapes (nobles) ou des corporations peuvent parfaitement posséder un monopole commercial ou l'exclusivité d'une activité et, si ces possessions sont souvent transmises par héritage, il n'est pas rare non plus qu'elle soit vendues ou louées.
Et parce que ces appartenances superposées non seulement se revendiquent mais s'affichent constamment par de multiples insignes, choix vestimentaires, couleurs et nuances lexicales, l'individualisme est rare dans la culture ganthi, l'anonymat y est presque totalement absent (même dans une cité aussi énorme que Marandhra), le sentiment collectif très fort et la communauté une valeur fondamentale.
Mais, au regard de cette appartenance, les origines ou la "race" n'ont pas beaucoup d'importance : tant que vous parlez à peu près leur langue et que les Ganthi peuvent placer les gens dans leur société, la couleur de peau ou leur naissance sont sans grand objet. Les Mers Serpentines sont de fait une zone de considérable brassage ethnique depuis la plus haute antiquité et le Sultanat, en particulier, voit cohabiter les Dayyin (l'ethnie majoritaire, originaire de Singhal et des 36 Serpents : petite taille, peau brun-cuivré, cheveux très noirs et souvent bouclés, yeux sombres en amandes) et des Jayi (venus du Nord de Fehn : à peine plus grands que les précédents, peau dorée, cheveux bruns-roux ou châtains frisés, comme beaucoup de Lalnyhari), des Shuang (teint beige ou jaune clair, cheveux lisses, issus de l'intérieur de Fehn) et des Ying (peau ivoire, yeux très bridées, venus du Sud de Fehn, comme les Rhûdari), des Myriadins (qui, en réalité, mélanges déjà plusieurs ethnies, mais ceux du Sultanat ressemblent majoritairement aux Samoans et Maoris de notre monde), des Hornois (très grands, souvent velus, peau cuivrée et cheveux frisés), des Ébénides (issus des royaumes d'Ébène : plutôt grands, très noirs) et des Pôang (de l'Est de Fehn : très sveltes, peau brune et cils très longs, comme Adira et Vighnu Pratesh), une communauté calumbraise (venue du Sud des archipels Kerdans), quelques Varangiens (des Remans de Varangue, plutôt bruns et de teint olivâtre) et beaucoup de métissage. Au point qu'on y appelle volontiers ganthajani (les "Ganthi mixtes") le bon tiers de la population dont les origines ethniques sont trop mélangées pour être encore identifiables sans que le terme n'ait de connotation péjorative.
Parce qu'elle est née dans une région essentiellement maritime, la culture ganthi est étroitement liée à la navigation, plus précisément au cabotage, au moyen d'une foultitude de navires : les nombreuses sortent de pirogues, praos et catamarans multicoques aux formes variant dans presque chaque île, les petits sampans confortables des canaux et autres eaux calmes, les barges et les cascos à fond plat, les galères multicoques qu'on appelle koraloàm dans les Récifs Nacrés (avec de multiples tangons et des rameurs entre les flotteurs et la coque principale, comme les karakoas des Philippines et les kora-koras indonésiennes), les rapides balangays et les jonques de transport aux tailles diverses et aux gréements modulaires (les petites jyunong agiles, les grandes jyankàm de charge et les plus rares runjathàm de guerre)...
La culture du navire ne s'exprime d'ailleurs pas qu'en mouvement : des navires d'habitation aux spectacles nautiques en passant par les "auberges" flottantes (qui comprennent en fait des tavernes, des hôtelleries, des maisons de jeu, des bordels, des hammams...) ou les navires ateliers (souvent liés à la pêche, mais pas seulement), les Ganthi se rassemblent, vivent, travaillent et s'amusent volontiers sur l'eau.
Ganok
Les grandes villes du Sultanat sont spécialement investies dans un autre pilier de lac culture ganthi : l'antique sport heremide du horaganokal –désormais simplement appelé ganok. Sa tradition orale présente ce sport de balle comme hérité d'une épreuve hornoise rituelle en l'honneur d'Ërem, une compétition autrefois martiale et même sanglante, mais qui aujourd'hui consiste essentiellement pour deux équipes de 4 joueurs (et 2x4 remplaçants) à se disputer un ballon pour le propulser dans un anneau : lorsque la balle a touché le sol 8 fois (dans toute la partie), l'équipe qui a marqué le plus de buts gagne le match. Depuis au moins trois générations, le ganok est devenu presque aussi populaire que le culte d'Ërem : beaucoup de villes côtières et presque toutes les Îles Mordorées ont au moins une équipe de ganok capable de se qualifier pour le tournois annuel de Kaliganthàm –auquel participent aussi plusieurs équipes singhalaises, l'équipe officiel de la théocratie de Hông et celle de Da-Lang (réputée redoutable). Sans se professionnaliser exactement, un nombre grandissant de joueurs –des ganokanay– sont soutenus par leur communauté pour se consacrer assez largement à un entraînement de plus en plus codifié, le jeu "technique" domine graduellement le jeu "brutal" et le nombre de blessés graves est en nette récession depuis quelques années !
Gazettes
Certes, les gazettes qui pullulent dans la ville ne parlent pas que de ganok : presque toutes mentionnent également la mode, la religion (grand sujet de débats) et la politique, en particulier pour dire du mal du Sultan et du Clergé. Car s'il existe des centaines de gazettes dédiées au théâtre, aux frasques de la noblesse, aux fraudes du Clergé ou à la mode, des douzaines de quotidiens orthodoxes, de la propagande pro-kerdane et des publications anti-Fehnri, presque toutes les gazettes finissent par parler de la guerre, de l'héroïsme des Serpentaires, de l'incurie du gouvernement... et bien sûr de la saga perpétuelle des victoires glorieuses, des défaites amères, des sacrifices héroïques, des transferts suspects et des trahisons inévitables du ganok.
Pharmacopée
L'usage presque quotidien de drogues variées est un autre aspect saillant de la culture ganthi : qu'il s'agisse d'alicaments ou de stimulants (en particulier l'onak, consommé sous forme de thé très amer et très puissant), d'analgésiques ou d'aphrodisiaques à base de plantes, d'alcools comme le vin de mangue (base d'une foule de cocktails fruités, particulièrement à Singhal), la bière nommée tuong ou la très populaire liqueur de riz plus ou moins artisanale (et parfois dangereuse) appelée jukàng, des fumeries (de chanvre, de tabac ou de nallù, un mélange d'opium théoriquement interdit) ou de poisons hallucinogènes (notamment celui extrait du poisson-étoile), tellement de Ganthi s'adonnent à l'une ou l'autre substance que des règlements spécifiques ont fleuri un peu partout. La consommation de psychotropes est particulièrement répandue au Sultanat où il n'est pas rare de croiser dans les rues, des travailleurs honnêtes et des bourgeois par ailleurs sérieux complètement défoncés à partir du crépuscule.
Auberges flottantes
Théâtres, de májiàng, bordels, saunas, lingerie, etc.
Complexités politico-stratégiques
Si la situation du Sultanat est pour le moins "confuse" quand les PJ débarquent, différentes factions sont bien mieux informées que ce qui est accessible à tous dans ces pages...
Briefing Kerdan
► Réservé aux Sotorine (et peut-être quelques élu·es)
Emelia 'Lusiarine', sœur mathématicienne de Lorenzo Maletudine (mariée à un autre savant, Juliano Lusiarine) ne fait pas mystère que sa dynastie est en train de perdre la guerre maritime au Sultanat, et ce par le moyen le plus lamentable : la dégradation des navires.
Depuis maintenant 16 mois qu'un équipage des Sangrine a mis le feu à une jonque Rhûdari qui mitraillait une nef des Lusiarine, ouvrant à nouveau les hostilités dans les Îles Mordorées, les 6 premiers navires de combat kerdans ont été rejoints par 11 vaisseaux Maletudine (presque la moitié de leur flotte) et une poignée d'équipages "indépendants" (des Negrine, des Celsine, un Léandrais et une paire d'autres) mais 4 corsaires et une nef ont coulé corps et biens, 2 autres équipages mercenaires ont apparemment "rompu leurs contrats" (ils auraient désertés !) et 2 de plus sont trop endommagés pour reprendre la mer : comptez encore 14 navires en état de combattre, donc d'essayer de protéger jusqu'à 7 nefs qui devraient constamment faire l'aller-retour sur le Route des Épices, mais sont aujourd'hui réduites à 6 (dont deux fréquemment arrêtées à l'un ou l'autre port pour des avaries). Le Sultanat compte aussi une flottille de défense, principalement composées des navires disparates des Serpentaires, d'une jonque de volontaires de Lagilathàn et de quelques navires de la noblesse qui ont, tous ensemble, héroïquement stoppé une seconde offensive contre Lag-Nashàn mais en perdant plus de la moitié de leurs navires disparates (dont beaucoup de jonques).
Dans le même temps, les Rhûdari ont perdu 14 jonques de guerre (dont au moins 11 définitivement coulées, y compris lors d'une seconde et récente offensive contre Lag-Nashàn, stoppées par les héroïques Serpentaires) mais en ont reçu 16 du grand port de Juhà-Làng, portant leur total entre 23 et 26.
Si ces tendances continuent, d'ici 2 ou 3 mois, les Kerdans seront complètement submergés et commenceront à perdre beaucoup plus de navires, en particulier de plus en plus de nefs marchandes grévant grandement les bénéfices du Sultanat pour la "Dynastie de Sinople", toujours sans réussir à remplacer les vaisseaux abîmés. Car pour réparer les coques amochées, la flotte kerdane aurait besoin de bois d'arbres-ancêtres que les corsaires n'arrivent pas à se procurer au Sud, ni d'ailleurs à Narcejane, malgré l'appui financier d'une dynastie comme les Lusiarine : si la pratique n'en était illégale dans les Archipels Kerdans, on croirait presque que les Venderine usent de leur actuelle hégémonie sur ce précieux bois pour empêcher leurs rivaux d'en acheter. Et vus les risques encourus sans possibilité de renflouer les navires engagés dans le conflit, les Sangrine ne semblent pas décidés à mobiliser plus de forces sans de solides garanties, de moins en moins d'indépendants se joignent au combat et la qualité baisse des recrues : dernièrement, il n'y eut pour s'engager que des Écumeurs du Nord trop ignares pour réaliser qu'ils ne connaissaient pas ces mers...
Au final, à moins qu'un coup d'audace ne vienne modifier les tendances du conflit, Emelia pense que les Lusiriane seront forcés de négocier avec les Rhûdari d'ici 4 à 5 mois tout au plus.
La meilleure stratégie serait sans doute de s'attaquer directement au port de Galinga mais les Kerdans n'ont pour l'instant plus le nombre pour protéger leurs transports et mener une telle attaque, les Satrapes du Sultanat craignent des représailles sur leurs côtes s'ils osaient attaquer une base de Rhûda... sans compter le problème du renseignement : ni les Kaliganthais ni les Lusiarine n'ont la moindre idée des forces effectivement stationnées à Galinga. Pourtant, un coup d'éclat ne serait pas inutile pour ré-unifier les flottes du Sultanat...
Briefing Lalnyhari
► Réservé aux seules Lalnyhari (et peut-être quelques éventuel·les élu·es)
Avant tout, les Lalnyhari ont évidemment le droit de lire le briefing des Kerdans : votre glorieuse Lignée est évidemment mieux informée que des mariniers, et à Kalinganthàm par le très, très discret service appelé la Lanterne de Soie. Établi depuis presque 8 ans, ce réseau opère sous le nez des Pravindrahri, vos rivales de jadis, déchues par vos soins et exilées dans ce qui semblait alors un pays bien lointain...
Il ne fait aucun doute que vos ennemies savent que vous avez (au moins) un réseau à Marandrah et c'est pourquoi vos collègues de la Lanterne de Soie doivent procéder avec une extrême prudence : vous-mêmes n'aurez jamais droit de contacter le réseau directement, seulement d'échanger des messages selon une procédure stricte. Tous les renseignements que la Lanterne a déjà glanés et que le Khujayan de Samudra a patiemment ordonnés sont évidemment à votre disposition... mais il faut avouer que la Lanterne n'éclaire guère hors du Sultanat lui-même.
Pour s'orienter dans des eaux plus troubles, les Lalnyhari doivent faire appel à un allié qui s'est montré des plus "capricieux", mais qu'il faut désormais appeler la Prateshugi, c'est à dire le réseau plus ou moins formel de clients, de fournisseurs, de transporteurs, de Satrapes corrompus, d'officiers marrons, de pirates, de renégats et de boucaniers qu'Adira Pratesh et ses affidés ont tissé depuis presque deux ans que l'Honorable Sénéchal Pratesh exploite à son tour la Route des Épices.
Les Lalnyhari sont loin d'avoir repéré tous les agents du Prateshugi, mais l'un d'eux a attiré l'attention de la Lanterne de Soie : un certain Samar qui s'est rendu en territoire Rhûdari pour s'enquérir d'une nef d'Adira –luxueuse, énorme et pleine de marchandises– malheureusement arraisonnée par les Rhûdari. La Cesta de Oro, de son nom pompeux, est en effet retenue dans un port qu'elle menace d'ailleurs de faire déborder, pour avoir violé l'embargo de Fehn contre le Sultanat.
La Lanterne de Soie tâchait d'ailleurs de filer Jin Sangrine, capitaine-fuyard de la Cesta vers la base supposée des Pratesh à Marandrah, quand il l'a semée dans la Ruche des Orchidées Fauves, le quartier-général des Pravindrahri où vos consœurs évitent le plus possible de circuler. Pourtant, peu après, les Pratesh ont pris contact via les Commémorantes de Hông (une sorte de couvent local d'Ërem qui fait notamment commerce d'informations, de rumeurs et d'archives...) pour échanger leurs renseignements sur le port de Galinga contre une estimation des jonques de Rhûda encore en construction à Juhà-Hàng.
Après ces bonnes nouvelles, il nous faut présenter l'Adulée Maîtresse Lalohéra, paraît-il une des meilleurs nécromanciennes de la Lignée et dirigeant désormais le grand Khujayan de Samudra (où elle a remplacé votre Révérée Maîtresse depuis la fondation de votre cher Khujayan de Felriane). C'est évidemment à elle qu'appartient la Lanterne de Soie, et c'est donc sur son territoire qu'il vous faudra opérer, alors qu'elle est notoirement... "jalouse" du mandat reçu de la Reine.
- ↑ Qui a probablement généré des archives...
- ↑ Prononcé "É-érem", d'un accent chantant.
- ↑ Quoique la langue officielle y reste le Solaire
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